VOTER À NAMUR : avec quelles infos ?

À savoir pour ne pas se faire avoir

image Ben Heine (c) www.benheine.com

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De mauvais conseils sont souvent dispensés, surtout aux jeunes, à l’approche des élections. Mais l’électeur a raison de se plaindre. Il manque cruellement d’info ! À Namur en particulier.

 

Pour qui voter ? Comment faire confiance ? Qui respecte sa parole ?

L’hésitation à aller voter est légitime !

Voter est difficile ! Encore plus difficile dans le contexte (belge ou namurois) du moment !

Pour faciliter les choses, les journalistes, qui observent les politiciens au quotidien, doivent se mouiller. Ils doivent dire, par exemple, l’écart qu’ils constatent, au quotidien, entre les promesses et les actes, notamment entre les programmes électoraux (tissus de promesses) et les décisions politiques (radicalement différents dans le cas de certains partis), mais aussi entre les messages marketing (« Namur renaît », « une Ville à visage humain », « J’en fais un max pour vous »…) et les faits (chute des subsides, chasse aux SDF, cumuls de mandats incompatibles…).

En 2018, on aimerait que les médias s’étalent moins au sujet des programmes, des listes, des promesses de campagne et des postures narcissiques. On aimerait qu’ils se concentrent sur les bilans des politiciens : Qu’ont-ils fait ? Comment ? Avec quelles limites, quels ratés, quelles critiques ? C’est cela le rôle le plus essentiel des journalistes, qui sont les représentants de leurs lecteurs dans les cénacles politiques et sur le terrain !

 

Où sont les bilans ?

À la place des bilans, les jeunes électeurs ne trouvent parfois que de très mauvais conseils. Quand certains (très nombreux) conseillent à des jeunes de voter pour une personne plutôt que pour un parti, ces « conseillers » oublient (ou omettent) que, dans ce cas, le vote ira aussi, automatiquement, à un parti, qui en tire un pouvoir bien plus grand. Soyons clair : il est FAUX de dire qu’aux communales, ce qui compte, c’est la personne. Non, un bon vote doit contenir l’adhésion à un nom ET à une liste.

Autre mauvais conseil fort répandu : il faudrait lire les programmes des partis. Non, il n’est pas nécessaire de lire les programmes pour voter. Bien sûr, c’est toujours un plus. Bien sûr, les journalistes, eux, doivent les lire. Mais les programmes ne sont que promesses et vitrines. Ce qui compte, c’est le travail, les réalisations, l’arrière-boutique. Pour y voir clair, il n’y a que les « contre-pouvoirs » (presse, associatif, syndicats, partis d’opposition, acteurs économiques de terrain…). Ils fournissent les preuves des échecs et des succès d’une politique, les preuves de la sincérité ou du manque d’intégrité de tel ou tel candidat ou parti. Mais l’électeur trouve-t-il ces preuves ? Où est-il perdu sur de fausses pistes ?

En 2006, quand le CDH a pris le pouvoir à Namur, il a été accueilli par le journal L’Avenir comme s’il s’agissait de la famille royale. À la Une, un titre de fête : la « Joyeuse entrée » du bourgmestre Jacques Étienne. Avec l’excès d’enthousiasme, il faut reconnaître qu’un espoir de changement était légitime, après 30 années de maïorat PS.

En 2012, quand Maxime Prévot (CDH) a remplacé son parrain Jacques Étienne au poste de bourgmestre, cela avant même les élections, le journal L’Avenir n’a pas fait le bilan de l’aîné. Or, il traînait de fameuses casseroles : pratiques clientélistes, discriminations contre les étrangers, multiples manquements… Cela ne l’empêchait pas de se diriger, en toute discrétion, vers des fonctions généreusement rémunérées, dans diverses sociétés parapubliques (SNCB holdind et Sowaer). Démissionnant de son poste de bourgmestre peu avant les élections, en faveur de Prévot, Étienne et le CDH échappaient ainsi à leur (lamentable) bilan.

 

L’oubli plutôt que l’indignation

Dans le cas du journal dominant à Namur – L’Avenir, qui n’est évidemment pas le seul en faute – tout se passe comme si des journalistes étaient embauchés pour faire l’exact inverse de leur métier et noyer l’information… Par exemple, lorsque le bourgmestre Jacques Étienne tient des propos qui stigmatisent les étrangers et justifie des discriminations devant la presse (La Libre Belgique, « Le Foyer namurois accusé de racisme », 2009, l’un des articles à l’origine de ce blog, article publié dans le livre « Les laissés-pour-compte de Namur »), le journaliste de L’Avenir fait comme s’il n’avait rien entendu. Les pratiques discriminatoires du Foyer namurois (quotas d’étrangers !), soutenues par le bourgmestre qui est aussi le président de cette société publique, ont été dénoncées par la Société wallonne du logement, par le journal Le Soir, par La Libre Belgique… Mais pas par L’Avenir, qui a préféré minimiser l’affaire.

Le phénomène se répète lorsqu’il est avéré que le bourgmestre est intervenu pour que son fils obtienne un logement social dans la même société de logement. Puis se répète encore quand le maïeur avoue être intervenu pour que son fils obtienne un boulot au Port autonome de Namur. À chaque fois, l’Avenir s’est tu, puis, lorsque tout le monde en a parlé, a minimisé les faits, dans un article minuscule, au coin d’une page. Et le bourgmestre restait en poste.

Plus tard, lorsque Maxime Prévot, succédait à son « parrain » Jacques Étienne, l’adhésion quasi inconditionnelle du journal est redoublée. Un exemple illustre à merveille cet enthousiasme coupable : durant l’été 2012, dans une conférence de presse de campagne, quelques semaines avant le vote, L’Avenir déviait la conversation à un moment où le bourgmestre Prévot était mis à mal par les questions. Au sujet du mal-être des travailleurs sociaux de la Ville (forcés à augmenter leur temps de travail de nuit de 50% !),  le bourgmestre répondait de manière laconique (« Nous avons augmenté leur rémunération d’environ 20% ») puis insultante (« Dois-je répondre aux questions d’un journaliste-syndicaliste ? »). Tandis que nous expliquions, en présence de toute la presse locale, que la question n’était pas d’ordre syndical, qu’il s’agissait avant tout des SDF et moins des travailleurs, c’est à ce moment que le rédacteur en chef de L’Avenir changeait de sujet et demandait au bourgmestre s’il comptait bientôt agir contre la mendicité.

 

Contrôle des partis PS, CDH, MR…

Faut-il s’étonner d’une telle attitude de la part d’un journal qui, historiquement, a presque toujours été financé par l’Évêché de Namur et l’Église ? Faut-il s’étonner du manque de professionnalisme d’un journal qui est aujourd’hui financé par le groupe Publifin (qui chapeaute Nethys, Voo, Meusinvest…), dont la légalité est mise en doute et dont la collusion avec les grands partis traditionnels (surtout PS, mais aussi CDH, MR et un peu Écolo) est évidente, inscrite jusque dans la composition du conseil d’administration ?

Le groupe Publifin, dont L’Avenir est une filiale, a été longtemps dirigé par Stéphane Moreau, ancien bourgmestre PS, avec d’autres socialistes, mais aussi des CDH, MR et Écolo. Aujourd’hui, ce problème (éthique et juridique) n’est pas résolu et a pour conséquence, parmi d’autres, une relative incapacité à critiquer les élus. L’excellent journaliste David Leloup, qui a révélé les abus de Publifin (dans Médor puis dans Le Vif), a fait tomber Stéphane Moreau de son poste de bourgmestre… Mais pas de ses trônes au sein de diverses sociétés liées entre elles (Tecteo, Voo, Nethys, Publifin…). Il a aussi – c’est moins connu – démontré que L’Avenir était, sur ces sujets, censurée par ses actionnaires.

Pour preuve : le journaliste liégeois a conservé une capture d’écran d’un article publié sur le web par L’Avenir puis « dépublié » (retiré) très rapidement. Or, cet article ne disait rien de nouveau sur l’affaire Publifin. Il s’agissait essentiellement d’un copié-collé d’une dépêche de l’agence Belga, reprise également par tous les autres médias. Mais cet article a été retiré du site de L’Avenir. Entièrement censuré ! Les lecteurs de l’Avenir n’auraient-ils pas droit à cette info, comme les autres ?

Le manque d’indépendance du journal L’Avenir, qui a soudainement changé de rédacteur en chef récemment, révèle l’absence d’un véritable journalisme local, puisque L’Avenir est, dans la région, le quotidien le plus lu, loin devant tous les autres. La Meuse (du groupe Sud-Presse) arrive en deuxième place et appartient également à des intérêts privés (famille Rossel, comme Le Soir). De plus, La Meuse est le journal qui fait l’objet du plus grand nombre de plaintes et de condamnations par le Conseil de déontologie journalistique.

La DH, encore plus limitée en termes de contenu namurois, appartient au même groupe que La Libre Belgique (IPM). Je fais l’impasse sur le magazine Confluent dont j’estime avoir assez démontré (via ce blog, début septembre 2018) qu’il n’a même pas connaissance des bases les plus élémentaires du journalisme (le Conseil de déontologie journalistique s’en est aperçu fin juin et a rendu, en juillet, un avis condamnant des pratiques lamentables).

Attention, le manque d’indépendance n’est pas l’absence (totale) d’indépendance ! Il y a beaucoup d’articles, dans chacun de ces journaux, qui sont exempts de tout reproche. Le problème, pour le lecteur, c’est 1. de savoir lesquels sont fiables, en vérifiant qu’il y a suffisamment de sources, 2. de savoir qui finance, pour deviner les limites de chaque journal et 3. de s’informer à des sources variées, journalistiques ou non. Donc mon souhait n’est pas de décourager la lecture, bien au contraire.

 

Les médias veulent-ils informer ?

Le problème crucial de nos médias locaux est peut-être celui-ci : comme le démontre les enquêtes de l’Association des journalistes professionnels, les tarifs pratiqués par les grands groupes de presse ne permettent pas aux journalistes de réaliser durablement du bon boulot, c’est-à-dire de s’installer dans le métier. Par exemple, L’Avenir ou la DH payent parfois un article moins de 30 euros bruts ! Quel type de journalisme cela favorise-t-il ? Celui qui consiste à copier-coller les communiqués des puissants ? Combien d’articles à une seule source ?! Combien d’articles bâclés, erronés ou approximatifs ? Survivent alors surtout les journalistes qui se posent très peu de questions – quel comble !

Au fond, il faut se demander si les médias cotés en Bourse souhaitent délivrer de bonnes infos ! Y ont-ils intérêt ? Pensent-ils y avoir intérêt ? Il y a publication chaque fois que l’info dénichée (à peu de frais et un peu par chance, donc) ne dérange pas les intérêts des groupes privés liés au média concerné. Si un abus de pouvoir a déjà été dénoncé par d’autres médias de manière incontournable, alors ils pourront publier.

Il y a donc beaucoup de bonnes choses dans les médias. Il faut les lire (par ex. via le Fonds pour le journalisme, en accès gratuit) et en acheter ! Mais, sur bien des sujets essentiels, à Namur en particulier, ils donnent une idée largement biaisée de la réalité, de la réalité politique surtout. Les partis au pouvoir, surtout s’ils sont liés au secteur privé, y trouvent un avantage énorme. A travers eux, ces partis pratiquent une concurrence déloyale à l’encontre de tous les autres candidats… Et à l’encontre de l’innovation (sociale, culturelle, politique…), surtout si cette innovation n’est pas politisée et « encartée » (détentrice d’une étiquette PS, MR, CDH ou autre).

 

Namur, une démocratie étouffée

Si les médias traditionnels brident la démocratie, les autres médias professionnels sont extrêmement rares. Il n’y en a pas à Namur ! La démocratie namuroise reste sous-développée, atrophiée, étouffée. C’est pourquoi, avec les efforts de tous (curiosité, sens critique, recherche de la diversité des points de vue…), il faut espérer que l’avenir nous réserve quelque chose de bien meilleur que « L’Avenir ». Ceux qui prétendent dire l’avenir sont souvent les moins capables de dire le passé ou le présent.

Répétons qu’il existe de bons articles, de bons journalistes et de bonnes intentions dans tous les médias pros. Mais il existe aussi des freins énormes à la liberté d’informer ! La solution rêvée, ce serait d’avoir des médias locaux financés uniquement par leurs lecteurs (ventes et abonnements), donc sans pub et sans actionnaires. Cela semble possible depuis l’aventure du trimestriel Médor au niveau national. Mais, en attendant, il s’agit surtout de s’indigner lorsque la direction d’un média interfère de manière évidente dans le travail de la rédaction. Ou quand elle reçoit des menaces de la part d’un annonceur (comme Le Soir avec Volkswagen). Pour cela, le travail sérieux doit être lu, salué par les lecteurs et comparé à d’autres points de vue.

Un responsable du journal L’Avenir m’a rejoint dans un café, en novembre dernier. Pendant une heure, je lui ai démontré la pertinence des témoignages des travailleurs de l’Abri de nuit. Je les ai presque tous interrogés et il est avéré que le bourgmestre Prévot les a menacés pour ne pas qu’ils parlent de leurs conditions de travail à la presse (suite à mon article publié dans La Libre en aout 2012, disponible via ce blog). Aujourd’hui, ces travailleurs, pour un minimum de sécurité, demandent surtout un système d’appel d’urgence, mais sans succès. Quand ce responsable du journal a compris que l’enquête méritait d’être publiée, il m’a dit : « Ce qui m’embête, c’est le timing ! ». Il voulait dire et il a confirmé ensuite : « Nous entrons en campagne électorale ». Selon lui, ce n’était pas le moment de déranger Monsieur le Bourgmestre. Il n’a donc pas voulu publier ces témoignages dans son journal. Sans jamais refuser non plus, il n’a pas donné suite à ma demande.

Dernier exemple : lorsqu’un SDF est violemment tabassé par la police de Namur, alors que les droits humains les plus élémentaires semblent avoir été bafoués, les journaux locaux publient des articles diffamatoires à l’encontre des SDF puis, comme pour s’excuser, publient, quelques jours plus tard, des articles contradictoires qui minimisent les faits (voir, sur ce blog, « SDF tabassé par la police… »). La vitesse et le spectacle avaient encore pris le dessus.

Non, le citoyen namurois n’est pas armé pour voter.

Il manque d’information.

Un travail énorme est nécessaire pour se faire une opinion.

Merci à ceux qui le font !

 

Benjamin Moriamé, journaliste indépendant

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